CRAVO

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La semaine dernière, le Portugal célébrait le 40ème anniversaire de la Révolution des Oeillets qui en 24 heures, ébranlait le pays et annonçait la fin de 48 ans de dictature salazariste. Cette date anniversaire, ce 25 avril me remue toujours un peu les tripes, entre tristesse et fierté.

Cette dictature et cette révolution, c’est l’Histoire de mon pays (enfin, de l’un de mes un deux pays), mais aussi et surtout l’histoire de ma famille.

C’est l’histoire d’un couple à mes yeux héroïque et ordinaire à la fois.

Isadora et Antonio.

Héroïques parce qu’ils ont pris une décision courageuse mais dangereuse, ordinaires parce que des gens comme eux, ils y en a eu des centaines de milliers.

Fuir la dictature, laisser derrière soi son lopin de terre, sa maison, son moulin et son cheval. La décision est prise, Antonio part en reconnaissance, clandestinement, vers la France. Isadora attendra cinq ans avant d’avoir des nouvelles –  il est vivant et ça y est, le terrain est prêt, maison et travail – et de pouvoir le rejoindre, élevant tant bien que mal leurs quatre filles et leurs trois garçons, dont mon père.

La France, ses H.L.M où il faisait à l’époque bon vivre, en bonne entente avec les communautés italiennes, espagnoles, nord-africaines… la Citroen 2CV bleue (toujours dans la garage de mes parents) dans laquelle Antonio embarquait parfois mon père pour une semaine de chantier à Marseille ou ailleurs en France, troquant la farine de son moulin pour le béton.

Les nombreuses anecdotes (romancées ou pas, c’est toujours difficile à savoir!) sur cet exil et cette nouvelle vie s’égrènent régulièrement durant nos grands repas de famille. Celle que je préfère (vérifiée auprès de plusieurs « sources ») est relative à la passion d’Antonio pour les chevaux. Une fois en France, au milieu des barres de logements et du bitume à perte de vue,  il n’avait pas pu résister à la tentation d’en acheter un, qu’il conduisait chez le maréchal ferrant en traversant l’actuelle autoroute qui relie Saint-Etienne à Lyon. Il avait en outre découvert le PMU et décrété que mon père, grâce à sa petite taille, serait jockey . (Je vous rassure, le rêve d’Antonio ne s’est pas réalisé parce que 1 /mon père n’est pas si petit que ça,  2 / Il a une peur bleue des équidés et 3/ il a préféré s’orienter vers les chiffres.)

Isadora et Antonio ne sont plus là aujourd’hui. J’ai toujours eu du mal à saisir pour eux l’impact de cette décision, de ce déracinement, de cet exil presque volontaire, de la blessure que pouvait représenter ce que pensait ceux qui étaient restés au pays, les considérant comme des traîtres, des déserteurs. Je crois qu’ils n’en  parlaient pas parce que la question n’était pas là: ils ont fait ça pour leurs enfants, point. Pour leur avenir, comme on dit.

Et finalement pour le notre aussi: celui de mes cousins et cousines, de mes frères, de ma petite personne privilégiée et de ma fille.

 

Un lien intéressant :
Que reste-t-il de la révolution des oeillets? / Courrier international 

 

 

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4 réflexions sur “CRAVO

  1. Bonjour,

    je suis depuis peu votre blog, que j’ai découvert au travers de mes multiples recherches sur l’actualité en architecture. Et les sites de qualité. Vivants. Et le votre en fait partie. Merci.

    Je sus architecte d’intérieur à Paris. En freelance. Depuis un peu plus de dix ans.

    J’ai eu la chance de voyager plusieurs fois au Portugal, à Lisbonne bien-sûr, une ville merveilleuse, et à l’intérieur des terres. Avec des amis portugais. Ils m’ont invité dans leur famille, dans les villages, au milieu des champs d’oliviers et d’arbres fruitiers. Moi même issu d’une famille paysanne, sensible à la terre, je ressens au plus profond de moi-même ce que signifie ce déracinement « cet exil presque volontaire ». O combien il doit être douloureux, aujourd’hui encore, pour beaucoup d’hommes et de femmes d’être loin d’une terre tant aimée.
    Avez-vous lu « l’Ignorance » de Kundera?

    Un grand merci pour ce partage.
    A bientôt.

    Frédéric Chaume

    • Merci pour ce retour! Je suis flattée.
      La prochaine fois que vous visitez le Portugal, n’oubliez pas de flâner à Porto!
      Quant à « l’ignorance » de Kundera, il n’est pas encore dans ma bibliothèque, mais je le rajoute de ce pas dans ma « liste à lire ». (La révolution de Velours, la révolution des Oeillets… que de beaux noms!)

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