CO-VOITURAGE

COVOITURAGE3Il y a quelques semaines, j’ai abandonné homme et enfant pour passer un week-end à l’autre bout de la France avec des amis jusque là virtuels (je vous raconterai ça plus tard).

L’événement était prévu depuis belle lurette, mais bien évidemment je prends chacune de mes décisions au dernier moment et ça, la SNCF n’aime pas. Ou plutôt si, parce qu’elle te fait raquer un max. Au vu de l’état de mon compte en banque (qui n’a rien à envier à la Grèce) il ne me restait plus qu’une solution si je voulais honorer ce rendez-vous : le co-voiturage.

J’avoue qu’entre papoter pendant cinq heures avec un parfait inconnu dont tu ne connais ni le niveau de conduite, ni les centres d’intérêts, et me caler deux heures avec un bon bouquin au calme dans un train, y a pas photo. Donc, réticence.

Je me suis tout de même décidé à franchir le pas et faire mes réservations: l’aller avec Géraldine, le retour avec Mireille.

Après moult échanges par SMS avec ma conductrice aller, nous convenons d’un lieu et d’une heure de rendez-vous, vendredi en fin d’après-midi.

17H25 : J’arrive sur le lieu de rendez-vous avec cinq minutes d’avance. Car comme dit mon papa : « Arriver à l’heure, c’est arriver avec cinq minutes d’avance ». (Bizarrement, j’ai énormément de mal à mettre en pratique cette maxime familiale dans ma vie professionnelle. Sans commentaire.)

17H45: Un type m’aborde: « Salut, c’est toi Camille, pour le co-voiturage pour Rouen? »

17h46: Cette fois c’est une nana : « Bonjour, t’es Emma pour le co-voiturage pour Roanne? » (Non mais qu’est ce que j’irais faire à Roanne? ROANNE?)

17h46mn35′ : je réalise que nous nous sommes donné rendez-vous là où TOUS les co-voitureurs de Lyon se retrouvent:  ça va être aussi simple que sur le quai bondé d’une gare, finalement! J’aurais du prévoir une petite pancarte avec mon prénom et ma destination.

18h05: Ma co-voitureuse m’envoie un sms pour m’annoncer qu’en fait elle vient de Saint-Étienne et qu’elle est prise dans les embouteillages. Quelle surprise. Pour rappel, nous sommes vendredi soir. (Soupir)

18h22: nouveau SMS: J’arrive dans cinq minutes!

18h27: Deux hypothèses s’imposent à moi: soit la Gégé a été trop optimiste, soit nos notions du temps diffèrent. (Il y a aussi la troisième hypothèse, celle de l’accident, mais je croise les doigts: pas question que je rate mon week-end).

18h35: Une grande asperge tout droit sortie d’une Clio s’agite à environ 100 mètres de moi en hurlant : Houhou, je suis là. Je prends le parti d’imaginer que Gégé (Je peux l’appeler Gégé, non? On va devenir intime en partageant le même habitacle cinq heures durant?) est enfin arrivée.

18h36 : Je découvre un petit attroupement autour de l’auto, marquée aux fesses d’un grand A rouge (Génial!) Apparemment, Gégé rentabilise son trajet à fond: si je compte bien, il y a déjà une jeune femme installée à l’avant et deux autres personnes sont en train de caler leurs sacs dans le coffre. Nous serons donc trois à l’arrière de la citadine.

18h38 : Les présentations sont faites (succinctement, bien sûr) et la question fatidique est posée: Qui prend la place du milieu?  Evidemment, trop bonne trop conne, je mets à peine trois secondes pour me dévouer, et deux de plus pour le regretter.

18h45 : Nous voilà partis et à nouveau coincés dans les embouteillages. Tout comme les voitures collées les unes aux autre sous le tunnel de Fourvière, mes cuisses ont chacune fait connaissance avec la cuisse voisine. Celle de droite appartient à une jeune étudiante qui a l’air plutôt sympa, mais qui sort immédiatement son Ipad et ses écouteurs. Hum. La cuisse de gauche est celle d’un chauffeur de bus (le comble) qui semble être muet.

19h02: Une fois passé le tunnel de Fourvière, je comprends que l’option éviter les péages du GPS est activée. Nous quittons donc l’autoroute. A nous les beaux chemins de campagne et les nationales trop trop bucoliques, genre platane, platane, platane…! Youhou! (J’ai très envie de pleurer)

19h05: Gégé nous explique qu’elle est urgentiste dans un CHU de la région et commence à nous narrer les meilleurs épisodes des dernières semaines. Je me dis chouette, va y avoir du sang et du sexe, en fermant les yeux, je serai propulsée dans un épisode de Grey’s Anatomy!  QUE DALLE! A peine quelques points de suture et un tas de mémés très chiantes, rien de plus. J’ai bien fait de pas faire médecine.

19h50: La passagère de Gégé (celle qui est à la place du mort que Gégé pourrait éventuellement secourir) est elle totalement passionnée par les récits de l’urgentiste, qui enchaine avec entrain les anecdotes. Là, je donnerais un bras pour des boules Quiès, un Ipod, ou même un vieux walkman Sony avec une K7 de Gold.

20H05: Je twitte une partie de mon calvaire. Mon coeur se réchauffe à la lecture des réponses compatissantes des twittos (c’est à dire un utilisateur de Twitter) que je dois rencontrer demain, eux qui bien sûr, viennent tous en train, et en moins de deux heures. Bande d’ingrats!

20h35: Gégé pensait arriver à destination à temps pour suivre un match important de l’équipe nationale de basket féminine. Mais comme on est très à la bourre, on va l’écouter à la radio, hein? Quoi de mieux que le sport à la radio? (re-soupir). Notre conductrice s’enflamme: à priori le match est très serré. Chaque panier à trois points nous vaut un grand coup de frein accompagné d’un Youhou retentissant (surtout dans l’habitacle confiné d’une petite voiture bien pleine).

21H12: Nous avons miraculeusement retrouvé un axe routier sûr et rapide, l’autoroute. Gégé nous propose de faire une pause et ça tombe bien, j’ai faim. Evidemment, notre conductrice choisi LA station de repos où tu ne peux QUE te reposer! Pas une boutique, pas une machine à café. Juste des sanitaires tellement sales que tu préfères encore faire pipi dans la nature (et c’est très chiant pour les filles). Gégé me tend le sachet de graines et de fruits secs dans lequel elle picore en faisant quelques étirements. Non merci, par contre j’me ferais bien un bon gros rosette beurre cornichons.

21h34: Après avoir mesuré le degré de chiantitude que je pourrais atteindre aux yeux de Gégé, et qui me vaudrait éventuellement un mauvais commentaire sur blablacar.com, j’impose finalement ma demande: un véritable arrêt dans une véritable station service avec des sandwichs triangles, des chips à la moutarde, du café décaféiné et des toilettes propres. Requête acceptée. Je lis dans les yeux de mes compagnons de voyage quelque chose qui ressemble à un merci.

22h15: Nous avons repris la route et moi le parti de dormir. Ou du moins de faire semblant. J’essaie de refréner mes coups d’oeil furtifs sur la tablette de ma voisine, qui regarde L’écume des Jours, que je crève d’envie de voir. Mais sans le son, c’est un peu ballot. Je n’imagine pas une seconde réclamer un écouteur et ferme les yeux pour de bon.

23h bien tassées : Une voix stridente me tire de mon sommeil. Je fais quoi, seule dans cette voiture conduite par une grande gigue qui chante du Céline Dion? L’espace d’un instant, j’imagine avoir été kidnappée. Oui, c’est ça: on m’a endormi à l’aide d’un puissant sédatif et j’ai fait un cauchemar terrible de co-voiturage foireux.  –Nous sommes  près de ton hôtel, ça te dérange pas si je te laisse de ce coté de l’avenue? Ça m’évitera de faire demi tour… -Hein? Euh oui… Et les autres? Apparemment, mes compagnons de route ont déjà été jetés en ville et je suis enfin arrivée à destination, EN CO-VOITURAGE.

Le truc cool, c’est que je n’ai pas été kidnappée.

Le truc encore plus cool, c’est que j’ai passé un excellent week-end et que le voyage retour avec Mireille fut un vrai moment de plaisir.

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2 réflexions sur “CO-VOITURAGE

  1. Je découvre votre blog par hasard. Je vous en félicite: il est drôle, parfois instructif, presque toujours bien écrit. C’est déjà beaucoup. En plus, il parle d’architecture, donc je le note en favori. Bien cordialement,

  2. Aïe t’as vraiment pas eu de chance! Moi je suis toujours tombée sur des conductrices sympas et même qu’une fois l’une d’elle m’a fourni en bonbons et biscuits!
    En tout cas les 3 personnes à l’arrière je trouve ça super abusé.

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