LA BONNE MAIN

20120621-231851.jpg

Depuis quelque temps, avec Monsieur K, nous scrutons les moindres gestes de Jeanne. Surtout ses mains et ce qu’elles attrapent. La droite ou la gauche?

Monsieur K:- Tiens Jeanne, prends le feutre.

Moi: – Tu vois, elle est droitière!
10 minutes plus tard:
Moi: – JEAAAAAANNE, POSE LE VERRE DE BIÈRE DE MAMAN.

Monsieur K: – Tu vois, elle est gauchère et alcoolique, comme sa mère.

Honnêtement, qu’elle devienne gauchère, droitière ou ambidextre est loin d’être fondamental pour nous. Et puis renseignements pris sur le net (ouais, je me suis tapé les forums Magicmaman et autres Doctossimo), il est encore trop tôt pour se poser la question: il apparaît que généralement jusqu’à trois, voire quatre ans, les enfants fonctionnent alternativement avec leurs deux mains.
Mais le simple fait de me questionner là dessus me renvoie à la figure toutes les situations et remarques stupides et /ou blessantes de ma jeunesse de gauchère:

Très tôt déjà, mon GPPP (grand père paternel portugais) Tony conseille vivement à mes parents de m’attacher une main dans le dos pour mettre fin à cette mauvaise manie. Que dis-je: cette tare diabolique! Heureusement, mes géniteurs ont à cette époque un ami devenu bègue après que ses parents l’aient contraint d’utiliser sa main droite. Ne s’imaginant pas du tout se trainer une môme bègue, mon père et ma mère prennent la sage décision de ne pas écouter ce vieux reac’ de Tony.

Entrée à l’école primaire, je fais la connaissance de mon pire ennemi: le stylo plume. Un cauchemar quotidien! Le maître ou la maîtresse a beau me coller un buvard couleur vert-délavé-dégueulasse sous la main, mes copies sont plus proches d’un Pollock que d’une dictée d’écolière.
Pour faire face à la situation, je décide alors de donner un virage décisif à ma vie en tournant mon cahier et mes feuilles de 90° sur la droite pour écrire de haut en bas. J’étais déjà gauchère et d’origine portugaise, voilà que j’étais devenu excentrique.

Bien plus tard, en première année d’architecture, une prof me sort cette phrase en conclusion d’une correction:

« Tu sais quand même qu’il n’existe pas de grand architecte gaucher, hein? »

Du lard ou du cochon? Je me pose aujourd’hui encore la question. Quoi qu’il en soit, si ma carrière d’architecte n’est pas récompensée un jour par un prix Pritzker ou même, soyons fous, une Équerre d’argent, je pourrai toujours en tenir rigueur à cette satanée main gauche.

La dernière anecdote sur le sujet remonte à six ou sept ans, alors que j’achève mes études à Porto. Ma colocataire et excellente amie de l’époque, Joana, est une fille brillante et cultivée. Un soir, elle louche sur moi alors que je dessine:

« C’est dingue ça, j’avais jamais remarqué que tu n’utilisais pas la bonne main! »

Je prends alors la peine de lui expliquer que pour moi, la bonne main est celle avec laquelle je me sentirai la plus à l’aise pour lui coller une tarte la prochaine fois qu’elle sort une connerie pareille.

Bon, j’arrête avec ma litanie et je retourne jouer au badminton avec Monsieur K. (oui, on joue régulièrement au badminton dans notre appartement-ancienne-carrosserie). Je tente parfois quelques manches en jouant avec ma foutue main droite. Et là, c’est l’Ecole du cirque, section clown! C’est d’ailleurs en jouant que j’ai pensé à ce dessin pour illustrer ce billet: il s’agit de la couverture d’une bande dessinée de Bruno Heitz, droitier dans la vie, qui s’est lancé comme défi de dessiner un opus complet avec sa mauvaise main!

Publicités

Une réflexion sur “LA BONNE MAIN

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s