CAUCHEMAR

C’est un cauchemar récurent.


Et à l’approche de ma reprise (après  4 mois de pause maman) il revient toutes les nuits:
Je suis à l’agence, je fignole un DCE (un dossier de consultation des entreprises) ou je discute avec un maître d’ouvrage…Les clients et mon boss me font confiance et j’ai l’air de maîtriser mon sujet. Pas de doute, je suis sans la vie active et plus en stage d’observation.
Et pourtant. j’ai un poids sur les épaules, une sensation d’inachevée. 
 Ah oui, ça me revient… tu n’as PAS ton diplôme, Meredith.
 Quoi?? (conversation avec moi même)
 Ben oui tu sais, ce module que t’as pas pu (voulu?) valider en quatrième année. Tu traines ça comme un boulet, mais va falloir t’y mettre si tu veux achever ton cursus et décrocher le sésame!
 ARGHHH!

Selon la nuit, selon l’humeur, c’est un essai sur l’architecture Malgache au 19ème siècle, un exposé sur une opération urbanistique à Tijuana ou une analyse de la maison sur la cascade de Franck Lloyd Wright (facile ça, non? Niveau première année?). Dans le pire des cas, je dois plancher sur les déperditions thermiques (calculs à l’appui) de je-ne-sais quelle opération de logements islandaise et dans tous les cas, je dois retourner à la fac!
 ARGHHH!

Dans mon cauchemar, j’ai bien passé six ans à l’école,et j’ai bien présenté mon diplôme! A l’ancienne. Pour être dépéelgée,comme on dit!
Dans mon cauchemar, l’auditoire est restreint mais attentif. J’ai bossé comme une dingue les douze derniers mois sur ce sujet qui me passionne et le jury a l’air convaincu.
Dans mon cauchemar, je l’ai haut la main ce diplôme et mon directeur d’études vient me féliciter: 
 Beau boulot, Meredith! Dommage que tu ais encore ce module de quatrième année à valider…
ARGHHH!
Oui, je sais… ça fait beaucoup de ARGHHH! pour un cauchemar pas si terrible.

Au réveil, je rassemble mes souvenirs : mon directeur d’études m’a bien lancé un “beau boulot, Meredith!”, mais C’EST TOUT!
Je revis encore ce soulagement, et cette certitude qui débarque en vous disant “Eh ouais, t’auras plus à mettre mes pieds à l’école!” 
Non! j’ai rien laissé en route. J’ai validé la totalité de mes modules, de l’histoire de la ville au projet, en passant par la sociologie de l’espace et l’urba!

Je ne suis pas experte en décodage de rêves et cauchemars, et reste toujours sceptique devant les analyses du genre “Si tu rêves de dents, y a un mort dans ta famille” ou encore “De l’eau croupie annonce une grosse rentrée d’argent” … D’ailleurs, je ne rêve jamais de dents ou d’eau croupie.
Mais l’explication de ce cauchemar semble évidente et je vous entends déjà : “L’école n’est qu’une étape, le diplôme un point de départ. Il reste toujours des choses à apprendre”.
C’est pas moi qui vous dirait le contraire: En plongeant dans le milieu professionnel, j’ai compris rapidement qu’à l’école on apprend rien, ou en tout cas peu de choses applicables en agence!

Il y a malheureusement une explication beaucoup plus triviale à ce cursus inachevé nocturne: J’ai étudié dans une école ou l’administration vit au ralenti,  dans un bureau peuplé de fonctionnaires cooooools toujours un peu en vacances.
Quelques semaines après la présentation de mon diplôme, je réclame à l’accueil des élèves un document prouvant mes nouvelles capacités. Je tombe sur Monsieur Jorge – qui connait tous les élèves par leur prénoms! :
“ – Oh tu sais Meredith, les diplômes ne sont pas encore imprimés et ça risque d’être long…”
 Ah bon, mais je comprends pas? Une simple feuille A4 suffira… j’ai juste besoin d’un bout de papier qui…”
regard terrorisé du gentil monsieur.
 Mais non, Meredith, il te faut ton diplôme… c’est pas un simple bout de papier. Le rectorat a envoyé les premiers noms à l’imprimerie et si tu veux, je peux déjà te donner la boîte…
 La boîte?”
Ce jour là, je suis repartie avec le luxueux étui de mon diplôme: Une énorme boîte plate en carton habillée de faux cuir noir et estampillée du logo de l’école en lettres d’or. Le couvercle glisse dans un doux frottement pour découvrir un lit de velours épais sur lequel est censé reposé le fameux bout de papier.

Coût de cette kitchissime bagatelle: 150 euros … 

“ – On t’appelle dès qu’on a ton diplôme, Meredith. Et encore félicitations!
 Merci Monsieur Jorge…”

4 ans.

J’attends toujours. Je les ai relancés plusieurs fois. Au début. Et puis j’ai laissé traîner, je laisse encore trainer…J’ai pas le temps, l’école est trop loin… Et j’ai toujours pas mon diplôme…
J’y pense quand je passe devant l’étagère du salon où repose la fameuse boîte, désormais poussiéreuse.

Je crois que le temps est venu de se débarrasser de ce cauchemar.
Ma décision est prise. Faut vraiment que je réclame ce foutu bout de papier!
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